samedi 14 juillet 2018

La Carte de France précieuse du Tsar

Cher JJ,

Lors de l'exposition Paris 1900, le tsar de Russie remit au président Loubet une carte de la France dans laquelle les départements étaient faits de pierres précieuses (jade, onyx, agate, cornaline, malachite, etc.) et les villes indiquées avec des pierres précieuses (Paris: rubis, émeraude pour Marseille, diamant pour  Lyon, opale pour Bordeaux, Lille turquoise). Il a été exposé dans le pavillon russe. Valeur estimée 4 millions de francs.  "Erik Schoonhoven"




Je remercie Erik Schoonhoven d'Amsterdam au Pays Bas qui me fait le grand plaisir de me lire de si loin, avec qui j'échange souvent a propos de l histoire de la joaillerie D'autant que j ignorais l existence de cette carte précieuse, pourtant j ai visité le musée de Compiegne et le Chateau de Pierrefonds un vrai chateau de conte de fées




Je ne me souviens pas de cette carte de France, peut être était elle en exposition ailleurs quand je vins visiter le Musée de Compiegne


En revanche je me souviens bien (il y a 50 ans environ) de la "Jamais Contente" Cette voiture électrique, en forme de torpille sur roues, qui  a établi le record,de la première voiture a avoir franchi le cap des 100Kms/h le 29-4-1899 à Acheres. Cette voiture a été construite par la Compagnie générale belge des transports automobiles Jenatzy appellation première de CITA no 25).

De quoi a t on l air de nos jours a découvrir que les voitures peuvent marcher à l électricité?
En 1900 eut lieu a Paris une des plus importantes exposition Universelle  et la Russie fut très bien représentée, 


Pavillon de la Russie

La Russie a été prête une des premières et l'inauguration de son pavillon russo-asiatique au Trocadéro, édifié par l'architecte russe M. Meltzer, a vivement frappé les foules par sa solennité et son caractère de cordialité. C'est M. le Président de la République qui a présidé cette cérémonie qu'il convient de retracer à grands traits.
Le palais avait été construit dans le style vieux russe, en forme de kremlin entouré de tourelles rehaussées d'or et de nuances vives. Dans le donjon, au-dessous duquel se trouvaient le restaurant russe et l'amusant restaurant-wagon du Transsibérien — tintaient les cloches d'un carillon. (Paul Gers en 1900) Le Président Loubet vint l inaugurer.

Le prince Ouroussouf s'avance et s'incline devant le Président de la République à qui il souhaite la bienvenue. Le Président passe entre deux haies de gardes russes et de matelots en uniforme qui font le salut militaire. Il est aussitôt conduit par un escalier qui s'amorce à gauche du vestibule, dans une salle du premier étage, où est exposée la carte de France en pierres précieuses, cadeau du Tzar (elle a été par la suite transportée dans la section des Invalides).

La carte de France avait été placée au fond de la salle aux voûtes ogivales enluminées de dessins. Elle reposait sur un tapis d'hermine, entourée de drapeaux tricolores des deux pays. Cette carte est faite de morceaux de marbre de toutes couleurs et de pierres précieuses. Le marbre détermine les départements. Les noms des villes, les rivières sont tracés avec des pierres précieuses. Un cadre, sobre d'ornements pour laisser toute sa valeur au bijou qu'il protège, n'a que ses coins légèrement fouillés au ciseau.

Cette salle ne contenait pas autre chose que le cadeau de l'Empereur, des plantes et des fleurs. De riches tapis étaient jetés sur le parquet.(texte de Paul Gers en 1900




Le Président s'arrête devant la carte et l'admire. L'ambassadeur lui dit, ayant à ses côtés le conseiller d'État actuel M. de Mostovenhoff, qui a été envoyé par Sa Majesté l'Empereur spécialement de Russie, pour apporter cette carte :
« Monsieur le Président, j'ai l'honneur d'offrir au nom de l'Empereur cette carte au gouvernement de la République et à la France. L'Empereur a eu la pensée de donner un souvenir à votre pays comme un gage nouveau des relations d'amitié qui unissent nos deux gouvernements et nos deux peuples. »

Le Président de la République a répondu avec émotion :
« Je vous prie, monsieur l'ambassadeur, de transmettre à Sa Majesté mes remerciements pour le superbe cadeau qu'il fait au gouvernement de la République et à la France. Je suis très touché, le pays sera, lui aussi, très touché de la pensée qu'a eue l'Empereur de nous donner ce nouveau gage d'amitié. Et je suis sûr que ce gage contribuera à établir entre les deux peuples des relations plus cordiales et plus fructueuses encore.
Cette carte de France est un véritable objet d'art. La place qu'il occupera est toute désignée. C'est au Louvre, au milieu de nos chefs-d'œuvre qu'elle figurera, car il faut qu'on la voie, que tout le monde l'admire. »

Ces paroles aimables furent échangées sur un ton de grande simplicité. Le commissaire général expliqua ensuite au Président qu'une équipe d'ouvriers habiles avait travaillé pendant deux années à exécuter cette carte dont la commande avait été faite par l'Empereur. (Paul Gers)





Le président Loubet avait l 'intention de la mettre au Louvre « J'ai été profondément touché lorsque Monsieur le prince Ouroussoff au nom de Votre Majesté m'a offert la magnifique carte de France qui après l'Exposition sera placée au Louvre au premier rang des objets précieux que nous possédons »

Et elle fut bien exposée au Louvre jusqu'aux évènements tragiques de la révolution de 1917
D'après Cyril Langlois que je remercie et l étude qu il a réalisée:
Selon Michael Heffernan, elle fut alors « discrètement (et mystérieusement) soustraite à la vue du public », les responsables du Louvre et le Ministère des Affaires Étrangères la jugeant « trop controversée » après l'exécution de la famille royale de Russie dans la ville même de sa fabrication. Peut-être aussi « dans l'optique d'une détente croissance des relations entre la France et l'Allemagne  et parce que cette carte représentait la France dans ses limites d'avant 1918, amputée de l'Alsace-Lorraine.
Au cours des presque sept mois que dura l'exposition universelle (du 15 avril au 12 novembre 1900), cette œuvre fut exposée dans le pavillon des Mobiliers et Industries diverses (cultures étrangères), situé aux Invalides. Elle est aujourd'hui conservée au Palais de Compiègne, où chacun peut la voir en accédant aux collections des musées. Présentée sous une vitre, à l'intérieur d'un meuble en bois sculpté, cette carte d'environ un mètre de côté pèse 352 kg. En 1900, sa valeur était estimée à 4 millions de francs [, soit l'équivalent, en 2015, de 15,5 millions d'euros[





05-04-1901 Dans le Journal l'Univers

Elle fut bien exposée au Louvre


Détails de la carte



Cent six villes sont ainsi reportées, 38 d'entre elles par des quartz, 21 par des améthystes (quartz colorés en violet par des atomes de fer), par exemple Grenoble, Toulouse (figures ci-après), Rennes ou Angers 55 autres par des tourmalines  (Lyon, notamment), quelques-unes par des hyacinthes  et certaines par des pierres plus rares. Ainsi Paris avec un rubis  rose colorée en rouge par des oxydes de chrome,  Rouen un saphir  Marseille et le Havre une émeraude , Nantes un béryl jaune, dit héliodore  Toulon un chrysobéryl, Cherbourg une alexandrite.

Les fleuves, enfin, sont matérialisés par des rubans de platine incrustés dans les marbres (figure 5b). Leur longueur totale atteint 7,5 m  (d'apres Cyril Langlois http://planet-terre.ens-lyon.fr/)




Cette carte , ce Cadeau du Tsar dut attendre dans l oubli l année 1930 pour etre transférée au Palais de Compiegne (Heffernan, 2002
L argument était que la famille impériale de Russie avait séjourné au chateau de Compiègne en 1901




Le petit Parisien  22-09-1901  Cliquer pour agrandir l article 




Depuis, peu de gens ont pu l admirer On peut regretter qu'aujourd'hui encore, ce magnifique objet ne soit guère mis en avant par le Palais de Compiègne, et reste relégué dans une salle vide, sous un éclairage inadapté.

Le Journal L express a fait récemment un bel article sur la venue du Tsar en France en 1901

Nicolas II et l'impératrice Alexandra Feodorovna sont accueillis en grande pompe à Compiègne. Le château est spécialement réaménagé pour leur venue

La France, défaite en 1870, n'accepte pas l'amputation de l'Alsace-Lorraine et rêve de la «revanche». La nouvelle politique de Guillaume II, l'empereur d'Allemagne (alliance avec l'Autriche-Hongrie plutôt qu'avec la Russie), la rivalité austro-russe dans les Balkans et le besoin de capitaux - les fameux emprunts russes - poussent le tsar Alexandre III à un rapprochement avec Paris en 1891. C'est pour la France la fin de l'isolement. La visite d'une escadre française à Cronstadt, en juillet 1891, puis celle d'une escadre russe à Toulon, en octobre 1893, provoquent un enthousiasme réciproque. Un projet de convention militaire, signé en août 1892, est entériné en décembre 1893.

Fidèle à la politique de son père, le tsar Nicolas II vient en France dès octobre 1896 et visite Cherbourg, Paris et le camp de Châlons. Puis, quand Nicolas II accepte l'invitation de l'empereur Guillaume II à assister à une revue de la marine allemande, la France obtient elle aussi la venue du tsar. Le couple impérial se rend donc en France du 19 au 21 septembre 1901. Trois étapes sont prévues: Dunkerque, Compiègne et Reims, les souverains repartant ensuite pour Darmstadt, patrie de la tsarine, née Alice de Hesse.


Le choix de Compiègne s'explique par sa situation - non loin de Reims et à proximité de Paris; le président de la République, Emile Loubet, grand chasseur et connaissant à ce titre le palais de Compiègne, l'estime seul digne d'abriter ses invités. Abandonné depuis 1870, le château est alors en partie démeublé et il faut tout réaménager. L'électricité est fournie à partir de machines installées «à tous les diables». La sécurité est assurée par une nuée d'agents. Les appartements de l'empereur sont affectés au tsar et ceux de l'impératrice à la tsarine, tandis que leur suite loge dans l'appartement de Marie-Antoinette. Le président Loubet et les ministres sont logés dans d'autres parties du château.
20000 visiteurs, 11000 hommes de troupe


 La famille Impériale avant qu ils ne soient sauvagement assassinés

Le mercredi 18 septembre, le tsar et la tsarine arrivent à Dunkerque où ils sont accueillis par Emile Loubet, Armand Fallières, président du Sénat, Paul Deschanel, président de la Chambre des députés, Waldeck-Rousseau, président du Conseil, et Delcassé, ministre des Affaires étrangères. L'escadre française est passée en revue.

A Compiègne, 20 000 visiteurs, venus par des trains spéciaux, se pressent, sans compter les 11 000 hommes de troupe qui, alignés le long des trottoirs, contiennent la foule ou escortent le cortège officiel. Le mauvais temps provoque un grand retard et le train présidentiel n'arrive à la gare de Compiègne qu'à 8 heures du soir. Alphonse Chovet, le maire, accueille les souverains et offre à l'impératrice un bouquet de bruyères de la forêt, dans un vase en argent massif. Des landaus conduisent les personnalités au château. Mmes Loubet, Waldeck-Rousseau et Delcassé accompagnent la tsarine et Emile Loubet le tsar jusqu'à leurs appartements respectifs.

Le jeudi 19, les invités - sauf les dames - partent pour Reims assister à de grandes manoeuvres, puis visiter la cathédrale, et ne reviennent à Compiègne que pour le dîner.

Le vendredi 20 se passe tout entier à Compiègne. Les souverains se promènent à pied dans le parc, déjeunent dans l'intimité et reçoivent en audience. Suivent une visite en voiture du grand parc puis le baptême du petit-fils du marquis de Montebello - ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg - dont le tsar a accepté d'être le parrain. Ce même après-midi, Loubet et Waldeck-Rousseau se rendent à l'hôtel de ville, où le maire leur montre la charte de commune, octroyée en 1153. La journée s'achève par un fastueux dîner dans la galerie de bal puis une représentation au Petit Théâtre aménagé par Louis-Philippe: Julia Bartet y dit une pièce en vers d'Edmond Rostand et on y joue du Musset, Il ne faut jurer de rien.

Le samedi 21, au matin, les souverains et leurs hôtes quittent définitivement Compiègne afin d'assister à la revue militaire de Bétheny, près de Reims.

Ce séjour des souverains russes bénéficie à Compiègne à double titre. Il a permis de redonner de l'éclat au château. Et la ville en a profité pour nouer des liens durables avec la Russie. Le successeur de Chovet à la mairie, le banquier Gournay, est non seulement invité pour les cérémonies du bicentenaire de la fondation de Saint-Pétersbourg en mai et juin 1903, mais encore reçu par le tsar. En souvenir de l'impériale visite de ce dernier.