jeudi 13 août 2026

Jacques ARPELS: Fuite et refuge en Suisse en mai 1944

« Cet article, initialement publié il y a plusieurs années et retrouvé grâce aux archives du Web, a été revu, complété et actualisé à la lumière de nouvelles recherches. Veuillez excuser la place des photos toutes sauvegardées mais sur le coté gauche au lieu d'etre centrées»


vendredi 25 mai 2012

Jacques ARPELS: Fuite en Suisse en mai 1944



Monte Cassino; cliquez pour agrandir toutes les images


Le 19 mai 1944 , fin de la bataille de Monte Cassino , ce monastère était un symbole de la résistance allemande depuis le début de l année. les temps changent.
Ce fut une boucherie, elle a inspiré Alberto Moravia pour son roman qui fut adapté en un film dans lequel joua Sophia Loren. Le corps expéditionnaire français, dirigé par le général Alphonse Juin, constitué notamment de soldats marocains, algériens, tunisiens et sénégalais des colonies françaises, se rendit coupable de crimes de guerre dans les environs de la région de la Ciociarie en Italie. Destruction de villages, vols et violences, mais surtout viols de masse (et assassinats de ceux qui essayaient de les défendre) se multiplient autour du Monté Cassino. Les chiffres varient entre 700 et 2 000 femmes violées, et environ 800 morts. Ces exactions ont reçu en Italie l'appellation de marocchinate (littéralement « maroquinades »)
Mais en France les juifs ont peur, et on continue ce jour là de déplacer, de déporter, de gazer.
http://resistancememoires.over-blog.com/article-1342080.html



Hotel Cavendish

La fin de la guerre approche, d'autres ont peur, à Cannes le siège de la Gestapo est à l'hôtel Cavendish.
A Cannes se trouve Esther (qui ne s'est jamais appelée Estelle) Van Cleef , elle loge au Carlton en 1942, Y est-elle encore en 1944?
Jacques Arpels, son neveu, se trouve aussi à Cannes où Van Cleef & Arpels ont une succursale. Il estime que sa vie et celle de sa femme sont en danger, ils partent tous a Mougins dans la maison de Leah Arpels. Jusqu'à ce jour du 14-12-2015, je ne connaissais pas les raisons de ce départ.
Au mois de janvier 1944, M. Lacloche, apparenté aux Arpels, est arrêté par la Gestapo à Mougins. Ils veulent savoir où se trouve Jacques Arpels. Prévenu Jacques Arpels et sa femme partent le jour même vers la Suisse. À moins d'un mois du débarquement en Normandie et a moins de 4 mois du débarquement en provence Il va se diriger vers la Suisse ,


Itinéraire de Jacques Arpels et sa femme en mai 1944

Comment? Avec quelles complicités? Seul ?
Il est passé près de GAP, pour le reste du trajet je ne puis que constater qu'il passe la frontière près de Geneve et il est arrêté.






Frontière franchie clandestinement, le 11 mai 1944, il traverse la riviere Foron à proximité du poste.


Le Foron est une rivière française des Alpes, à la frontière avec la Suisse, et un affluent de l'Arve, donc un sous-affluent du Rhône. Wikipédia

J'ai lu que si les réfugiés se présentaient aux postes frontières, ils étaient refoulés, alors que s'ils franchissaient la frontière en dehors des postes, et qu'ils étaient arrêtés en Suisse, ces réfugiés étaient transférés pour interrogatoire et avaient plus de chances de ne pas être refoulés, ce qui fut le cas des Arpels







Il s'ensuit les interrogatoires d'usage: il déclare qu'il est "le directeur patron" de la Maison Van Cleef et Arpels, il lui est demandé s'il sait où loger, chez des amis ou à l'hôtel, il répond "oui si j'en ai le droit, je ne sais pas encore" À ce moment-là, il ne parle pas de sa femme qui n'est pas encore passée en Suisse, ce qui me fait penser qu'ils avaient une structure ou un passeur.
A la question : « Avez-vous déjà séjourné en Suisse? il répond:





L'école nouvelle de Chailly n'a pas retrouvé sa trace, j'ai insisté mais ils ont été formels, il n'a pas fréquenté cette école, mais Jacques Arpels devait être conseillé sur les réponses à donner au passage de la frontière.




Il est interrogé sur sa femme et répond qu'il ignore où elle se trouve actuellement.

Le 23/5/1944, son avocat, maître Jean Brunschvig, 2 place du Lac à Genève écrit.
Au département Fédéral de justice et police de Berne:


J’ai l’honneur de solliciter la libération du camp de Mr Jacques Arpels et de sa jeune femme… 
Jacques Arpels a fait toutes ses classes au lycée Jeanson-de-Sailly…(j'ai lu sur des sites qu'il avait fait ses études dans un autre lycée catholique très parisien) il a poursuivi ses études en Angleterre et en Allemagne, puis a commencé son apprentissage chez son père ou il a occupé une place en vue dans la maison VCA
M. Arpels a fait une partie de ses études à Lausanne ou il a été condisciple du Roi Farouk avec lequel il a conservé des relations suivies.

La division de police peut prononcer l’internement des émigrants.
dans un établissement sous surveillance ou dans un camp si elle le juge nécessaire. Les
fugitifs civils doivent être refoulés, à l’exception des femmes, des enfants âgés de moins
de seize ans, des hommes âgés de plus de soixante ans et des invalides. Aucun recours
contre le refoulement n’est possible. Cet arrêté ne s’applique pas aux déserteurs ni aux
réfugiés considérés comme politiques. Selon la circulaire confidentielle de la Division de
Police datant du 13 août 1942 : « Ceux qui n’ont pris la fuite qu’en raison de leur race,
« les Juifs, par exemple, ne doivent pas être considérés comme réfugiés politiques ». Elle
précise aussi les conditions du refoulement : « Aucun étranger de nationalité autre que
française ne peut être refoulé en France non occupée ». Pour que les conditions d’accueil
précises ne s’ébruitent pas, « il ne doit être donné aux étrangers aucun renseignement relatif
aux catégories de réfugiés ne devant pas être refoulés. »
A travers cette circulaire, la Suisse rompt officiellement avec la tradition d’asile, le
danger de mort ou de persécution n’est plus une condition déterminante pour l’accueil d’un
réfugié.

Alors Jacques Arpels va écrire à, ou contacter diverses relations, ou le plus souvent faire contacter par sa femme qui est arrivée en Suisse et qui est libre de ses mouvements(ce pourquoi les réponses lui sont souvent adressées)

Sur un formulaire pour visiteurs au nom de son avocat il est noté à la main le 24/5/1944 :
Charmilles ou Champel
Chiffre 35
Un des plus gros bijoutiers du monde.





· Le camp des Charmilles, ouvert le 28 septembre 1942, est d'abord un lieu de réception
des réfugiés, puis de quarantaine, pour devenir au mois de septembre 1944 un camp de rapatriement.
Dès son ouverture et jusqu'au 2 janvier 1943, 4 463 réfugiés sont immatriculés dans ce camp.
Selon les chiffres fournis par le major Jacques Adert 59, environ 1 260 réfugiés entrent dans ce camp.
durant le seul mois de décembre 1942. À la même époque, le camp des Cropettes, situé dans l'ancienne
école du quartier, est ouvert pour fonctionner comme centre d'accueil et de triage.
· Le quartier du Bout-du-Monde connaît également un camp. Nommé camp de Champel
(ou du Bout-du-Monde60), il est ouvert le 25 septembre 1942 et ferme ses portes le 1er juillet 1945.
Il fonctionne d'abord comme camp de quarantaine, puis devient très rapidement un camp d'accueil.

Sur une lettre des services de police : Division contrôle de l’habitant :
Les moyens d’existence des prénommés étant assurés, nous donnons un préavis favorable à leur internement civil à Genève, un engagement d’entretien de Mr Jean Armleder directeur propriétaire de l’hôtel Richemond à Genève.

Le Richemond est un prestigieux hôtel 5 étoiles qui bénéficie d'un emplacement idéal, en face des célèbres jardins Brunswick. Il donne sur les Alpes, le lac Léman et la cathédrale de Genève.




Lettre de Jacques Arpels, camp de Champel, Bout du Monde, Genève : au Docteur Caspari à Genève

Jacques Arpels explique que Mr Huguenin (beau-frère du docteur), a beaucoup insisté pour qu’il lui écrive.
J. Arpels demande au docteur des recommandations pour qu’ils soient rapidement libérés , ou que sa femme puisse rapidement terminer sa « quarantaine » dans une clinique car sa santé est fragile il ajoute en PS
Si vous avez l’occasion d’écrire à Monsieur Huguenin, voudriez-vous être assez aimable pour lui dire que Lulu et Jacques sont en bonne santé !!!

Une fois arrêté, le réfugié est conduit au poste frontière pour établir une première
déclaration sommaire. Il est ensuite conduit au poste de gendarmerie collecteur de Jussy,
Chêne-Bourg ou Bernex pour un deuxième interrogatoire, voire pour y passer la nuit. Puis
Il est placé dans un centre d’accueil où on crée un dossier et on établit une nouvelle
déclaration. A ce stade, le réfugié est expulsé rapidement s’il ne correspond pas aux
catégories définies par les différentes instructions. En cas de doute, la division de Police
de Berne tranche. S’il est accepté, le réfugié est interné dans un camp de quarantaine.
pour une durée de vingt et un jours, période pendant laquelle son dossier est complété et
d’éventuelles enquêtes sont menées. Après sa période de quarantaine, on le place dans un
camp de triage jusqu’à la décision qui permet son transfert dans un camp de travail, dans
un home, chez une personne privée ou son placement chez un agriculteur

Son avocat écrit le 23 mai 1944 au département fédéral de justice et de police.






Lettre de recommandations de Mr Pierre BIGAR le 24/5/1944


Pierre Bigar, le responsable du Comité juif pour l'aide aux réfugié, personnalité qui s’est elevé contre la politique raciste de la Suisse pendant la guerre
http://www.swissjews.ch/pdf/fr/factsheet/FSCI_Factsheet_VSJF_fr.pdf

Lettre du directeur de la caisse publique de prêts sur gages de Genève à l’avocat de Jacques Arpels

Lettre du docteur Caspari qui dit ne pas connaître Jacques Arpels mais indique que son beau-frère, M. Paul Huguenin, officier aviateur suisse (en congé à Paris), où il est actuellement directeur remplaçant après 15 ans de stage à la maison VCA.
En réalité, M. Paul Huguenin est signalé dans le dossier d’aryanisation de VCA comme directeur du magasin de Cannes.







Lettre de Paul Lebet administrateur de la maison Vacheron et Constantin.





Première Guerre mondiale et des instruments pour l’automobile. Pour cause de santé, Edmond Jaeger se retire peu à peu du monde des affaires dès 1918. Venu de la manufacture LeCoultre, Paul Lebet lui succède à la tête des ateliers horlogers Jaeger de Paris. Dès 1937, les montres créées dans le cadre de la collaboration entre Jaeger et LeCoultre seront désormais signées Jaeger-LeCoultre.


Juillet 1945
tPAUL LEBET
Nous apprenons le décès, après quelques semaines de maladie, de M. Paul Lebet, administrateur des maisons « Jaeger - Le Coultre et Vacheron et Constantin », à Genève.
Le défunt, très connu dans le monde horloger, a consacré au service de ces deux maisons une grande part de sa laborieuse existence et le meilleur de ses forces et de ses remarquables capacités.
Pendant plus de trente-cinq ans, à l'étranger d'abord, puis en Suisse, il se dévoua sans compter à la direction de ces deux firmes auxquelles il assura un brillant développement.
Qu'elles trouvent ici, ainsi que sa famille en deuil, l'expression de notre respectueuse sympathie et nos sincères condoléances.


D'autres lettres de personnalités , de professionnels du diamants sont adressées pour recommander Jacques Arpels et sa femme.




Le 31/5/1944 À l’attention de M. Thevenoz au département police de Berne, Maître Jean Brunschvig lui demande la libération des Arpels.
Entre-temps Jacques Arpels a été envoyé en camp de travail près de Zurich.

Le 12/6/1944
Le chef de la police demande à la direction centrale des camps de travail de Zurich:
Nous vous prions de vouloir bien convoquer sans tarder le prénommé dans un camp de travail car l’avocat de ce réfugié insiste beaucoup pour que nous libérions son client sous contrôle militaire à Genève en attendant la convocation dans un camp de travail.

Le 12/6/1944
Réponse de Mr Thevenoz: nous sommes disposés à placer Mme Arpels en résidence privée à Genève et Mr J Arpels, reconnu apte au travail, sera appelé dans un camp.Sur un formulaire pour visiteurs (son avocat) il est noté au crayon


Voudrait aller dans l’agriculture Mtre B cherchera un Agriculteur Aux Avants (camp où il se trouve)

Le 22/6/1944 Avis d’entrée de Jacques Arpels dans le canton de Berne, ou se trouve le camp de EGGIWIL


Eggiwil
"Une Lettre du conseil communal de Grolley du 13/7/1944 explique que 
Devant effectuer un service militaire, Mr Page qui dispose d’une exploitation agricole importante de 63 poses, ….il recherche une main d’œuvre dont il ne peut disposer dans la commune


Village de Grolley






Diverses lettres pour autoriser l’agriculteur à se voir affecter le réfugié français…


Le 8/8/1944, lettre de Hans Badrutt du palace hôtel à Saint Moritz qui propose pour Jacques Arpels un travail comme employé de bureau.

Suivent diverses lettres pour les formalités telles que le billet de train pour aller chez l'agriculteur…
Il entre en fonction le 10/8/1944 et signe un engagement en 16 points tels… ne pas quitter le territoire de Grolley.


Je m’engage :
1. A respecter toutes les règles de l’hospitalité vis-à-vis de la Suisse et de m’abstenir
de tout acte qui pourrait lui être préjudiciable, notamment de toute activité politique
ou de recherche de renseignements au profit de tiers.
2. A ne pas quitter la Suisse sans annoncer mon départ, au moins 24 heures à l’avance, à
l’Officier de police de l’arrondissement territorial de Genève.
3. A ne pas m’absenter du canton de Genève sans une autorisation spéciale de l’Officier
de police de l’arrondissement de Genève.
4. A loger à et à ne pas changer de domicile sans autorisation.
5. A être constamment au domicile de 2400 à 0600 heures.
6. A observer les prescriptions concernant l’obscurcissement 2200 à 0500 heures.
7. A régler sans délai mes frais de pension et à ne faire ni dette, ni dépense inutile.
8. A poursuivre activement mes démarches afin d’obtenir, le plus rapidement possible,
les pièces nécessaires à mon départ de Suisse.
9. A ne pas pénétrer dans la zone militaire.
10. A ne fréquenter ni bars, ni dancings.
11. A ne pas sortir par groupe de plus de 5 personnes.
12. A me comporter, en toute circonstance, avec la plus grande discrétion.
13. A ne me livrer à aucune activité lucrative quelconque et à m’abstenir rigoureusement
de tout trafic quelconque, notamment en ce qui concerne les titres de rationnement
et les marchandises auxquelles ces titres donnent droit.
14. Les frais de séjour sont à la charge de Communauté Israélite
15. J’ai pris bonne note, d’autre part, des ordres qui m’ont été communiqués.
16. Le non-paiement des frais d’entretien, la mauvaise conduite ou la non-observation
du présent engagement entraîneront mon refoulement immédiat.





Le 26/8/1944, il écrit au directeur de la justice et de la police, service de police des étrangers, pour demander son « refoulement en France. Étant donné la situation actuelle en France, je désirerais me présenter aux autorités françaises à Annemasse. Dans ce but, je vous demanderais de me faire refouler par le poste de Mollefulaz dans le plus bref délai » …… et demande qu’on lui rende papiers et argent.

Le refoulement peut aussi être « sur demande » ou « volontaire ». Lorsque l’on souhaite
retourner en France sans avoir l’autorisation administrative, on peut franchir la frontière
grâce à cette procédure. Ce type de refoulement a surtout lieu à la fin de la guerre lorsque
certains réfugiés internés souhaitent pouvoir retourner en France en évitant une procédure
plus longue de rapatriement.

Même demande de la part de sa femme

Le 9/9/1944 L’agriculteur Fernand Page fait savoir qu’il n’a plus besoin de lui

Le 20/9/1944 « la direction de justice et police du canton de Fribourg lui fait parvenir différentes formules concernant votre rapatriement »


Lettre de Perard & Billy avocats au barreau de Genève du 29/9/1944






Ils écrivent au département fédéral de justice et police pour leur indiquer qu’ils sont chargés des intérêts de M. Jacques Arpels, interné à Grolley. Il indique que leur client, ayant des revenus suffisants, voudrait sortir du camp et s'installer dans une région du canton de Vaud. Ils demandent de leur adresser un formulaire s’il doit y en avoir un a remplir.


Le 12/10/1944, une lettre merveilleuse du département Fédéral

« Le commissariat français aux prisonniers, déportés, et réfugiés nous a fait parvenir le laissez-passer établi pour votre retour en France. Veuillez vous annoncer avec votre épouse le 14/10/1944 avant 18 heures à Genève au camp des Charmilles.
C’est là que vous seront remis le laisser-passer et les différentes pièces d’identité que vous auriez déposées à votre entrée en Suisse ainsi que votre argent et vos valeurs, sous déduction du montant des créances du droit public.
La Suisse a eu le privilège de vous accueillir dans votre détresse. Il ne nous a pas toujours été possible de donner à chacun des nombreux réfugiés tout ce que nous aurions voulu leur offrir.
Nous espérons néanmoins que ce séjour en Suisse vous aura rendu service et nous formons tous nos vœux pour votre avenir et celui de votre pays. »


Le 15/10/1944 Jacques Arpels et sa femme peuvent rentrer en France




Publié par Jean-Jacques Richard à vendredi, mai 25, 2012
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1 commentaire:

Anonyme 5 juin 2012 à 06:52

Mais pourquoi avoir fui en Suisse, quand il suffisait de rentrer a Paris ? Jacques Arpels avait il peur des francais ? Et pourquoi ?Répondre

mercredi 12 août 2026

Van Cleef & Arpels appelèrent la "Minaudière" parce qu'elle favorisait les gestes de la coquetterie.

 Jeudi 25 juillet 2013


J'ai retrouvé cet article de 1935 dans le journal "Vogue" et je pense que cette définition de la "Minaudière" est la bonne , et non celle de Jacques Arpels qui disait qu'on l avait appelée ainsi parce qu'Estelle faisait tout le temps des minauderies
Déjà ce surnom d'Estelle n'a jamais été employé par elle,mais je ne vois pas Esther Van Cleef qui en 1914 était dans des hôpitaux, entrain de soigner des blessés ou des gazés dans un état si grave, entrain de passer son temps à "Minauder" 
Lire ou relire : 

Cliquez pour agrandir toutes les images
regardez bien la Minaudiere qui est sur les genoux de Mme Stiff-Giorgini

Je reproduis donc ci-dessous fidèlement l article de Vogue, les photos en noir et blanc sont d'époque.

"Van Cleef et Arpels ont lancé, voici un an, au lieu de l'éternel sac du soir, une boîte 
métallique, nette, nue, sans poignée.
 A cause de la matière, des pierres un travail, c'est un bijou précieux aussi .

Minaudière VCA 1935


Tout le monde l'admira, mais les femmes qui maintenant en apprécient toute l'élégance, 

refusaient d'abord de croire qu'il pouvait tenir dans ce volume restreint tout ce qu'elles ont 
besoin d'emmener avec elles. 
Elles craignaient d'être soumises à une uniforme standardisation. Or, chacune a ses 
habitudes faut- il dire  les manies? et des babioles personnelles dont elle ne peut se passer. Elles se sont aperçues qu'une quantité incroyable d'accessoires tient dans une place 
calculée à l'avance, et que de plus elles peuvent obtenir toutes les modifications qui leur 
conviennent.L'intérieur du couvercle sert de miroir. Un compartiment enferme le nécessaire de beauté, 
poudrier et rouge.Cette boîte à poudre peut s'enlever et se glisser dans un autre sac pour le
 jour. Un autre compartiment contient les cigarettes favorites, le briquet n'est pas oublié ; il 
est long et étroit ; il répète le même thème de décoration que les autres objets qui sont guillochés ou émaillés, selon les cas. 

Minaudiere de Van Cleef et Arpels de 1935

Le porte monnaie , traité de même, il  occupe un  autre compartiment. 
On trouve aussi peigne, crayon, carnet, montre, fiole de parfum ou tout autre objet que la 
femme fait placer selon ses goûts, tout comme elle fait graver son chiffre. 




NDLR: Si vous avez bien regardé la première page ou se trouve madame Schiff-Giorgini, vous reconnaissez cette Minaudière fabriquée par VCA en 1935, elle est en or, laque noire, platine, diamants tailles brillant et roses, étui en satin

Quatre Parisiennes ici ont choisi quatre réalisations différentes de la "boîte à vanités" (pour 

traduire l'expression vanity case)  Madame Schiff Giorgini, dans une large robe de Piguet en plumetis blanc et faille verte,
 paraît d'autant plus menue qu'elle manie sa Minaudière. 
C'est un chef  d'œuvre de Van Cleef et Arpels, en émail, laque noire et or, orné d'un motif
 de diamants. 
Une amusante petite montre est dissimulée dans l'épaisseur, on peut la tirer pour consulter
 l'heure. A l'intérieur, d'émail noir et d'or également, se logent les accessoires. 




Vanity case de Herz , le mari de Suzanne Belperron 
en bois de sental 1935

Mrs. Reginald Fellowes a choisi chez Herz un vanity-case en bois de santal précieux et 
odorant, souligné d'or et incrusté de pierres, ce qui est une combinaison de matières 
inattendue, très orientale, digne des Mille et une Nuits. Mais la précision et la pureté des 
lignes sont fort occidentales. L'intérieur est en or. Pour accompagner sa robe d'inspiration 
hindoue - sari de Schiaparelli imprimé de larges fleurs - elle joue d'un éventail de santal tout uni, d'Alex. 
Habillée par Patou d'une cape de plumes bleu violet sur une robe de même ton, 
la Comtesse Guy de Sabriac se mire dans son nécessaire. C'est une boîte très longue de
 proportion ,qu'Ostertag a faite en argent guilloché. 
Sur le dessus, encadrées de saphir et sur fond or, ses armes. Le fermoir est orné également d'or et de saphirs. L'intérieur est tout en argent.

Le vanity-case de la Marquise de Brissac
est en émail noir, fermoir d'or. 




Vanity Case Dupont

Deux ornementations  identifications personnelles sur le dessus : d'abord ses armes, puis traversant le champ noir du couvercle, son nom, 
"Jeannette", en signature d'or.
L'intérieur de cette création de S. T. Dupont est en or tout gravé de petits dessins réguliers

 comme des chevrons de tweed, travail qui rend la surface plus précieuse en même temps
 que plus agréable au toucher.

Reste une question : comment tenir cette boîte ? C'est une nouvelle habitude à prendre. On

 la tient comme un livre, comme un missel, dont elle a un peu le format. On la serre à pleine main.
 On peut la brandir, ou la manier, jouer avec elle, l'ouvrir.
On peut la poser sur une table, sur le rebord d'une loge, car elle est digne d'être admirée.
 
Mais on ne peut la traiter avec indifférence. On ne peut la suspendre négligemment au 
poignet et l'oublier comme un sac habituel, ni la glisser sous le bras comme un portefeuille de ministre, ni l'accrocher à la ceinture comme une aumônière.
Non, elle est toujours présente. 



Un sac prolonge la femme, il la retient, l'équilibre, il modifie sa silhouette. Il crée tout un 

répertoire de gestes et d'attitudes qui peut changer jusqu'au caractère, jusqu'à l'état d'âme.
 Ce n'est  pas la même personne, assurément, qui serre contre elle un petit cartable digne 
d'un écolier, ou cette dame très "Maë West " qui balance avec nonchalance une longue 
sabretache.
Les boîtes précieuses nous donnent donc une nouvelle contenance le soir. La femme aux mains délicates, encombrée de ce colifichet, adopte une attitude fragile, dépendante ; elle
joue à celle qui va plier sous le faix, que la vie accable ; elle réclame la protection de

l'homme. En même temps - ce qui est l'essence même de la coquetterie - elle se sent forte, puisqu'elle a tout ce dont elle a besoin sous la main. Dans un monde sans sécurité, elle est armée de toutes les munitions de la beauté.

Grâce à la "Minaudière", l'élégante minaude.
 Le geste de se repoudrer en public prend une grande importance. Elle n'a plus à lutter avec une furtive houppette et un minuscule poudrier; elle profite d'un long miroir commode et de 
tout l'attirail de sa "boîte à vanités". On ne peut la nommer coffret de Pandore, cette boîte, 
parce que celui-ci renfermait des maux et l'espérance, alors que celle-là contient des
 remèdes  et la certitude. Elle offre l'indispensable poste de secours de la beauté pour les 
premiers soins. 

C'est une boîte d'autant plus riche par sa matière qu'elle est simple de ligne. Elle est nette 
comme les récipients métalliques que le chirurgien passe à l'autoclave. 
Sa précision moderne  pourrait la faire croire  tournée par la machine comme une pièce 
pour avion. En réalité elle sort des mains des  artisans, les plus habiles qui soient
 (les joailliers parisiens), qui savent  l'enrichir d'un travail sobre mais somptueux, 
en guillochant ou laquant la surface ou en l'incrustant de pierres précieuses. 

L'intérieur est aussi admirable : même une boîte de bois se révèle doublée d'or, Mais sa 

grande beauté vient sans doute de la perfection de l'agencement. Dans un volume réduit,
se présente comme un puzzle, sans perte de place, un compartimentage précis où, selon la définition classique de l'Ordre (avec un grand 0), il y a une place pour chaque chose et
chaque chose à sa place. 

1925

Le plaisir enfantin que prennent les grandes personnes à résoudre des casses- tête 
chinois qui, une fois finis, sont des modèles de construction compacte, est certainement 
ressenti ici à jouer avec des éléments qui s'agencent, s'emboîtent et, au rebours du casse-tête, sont parfaits de simplicité.
Pour des raisons semblables, nous qui aimons les nécessaires de voyage, comprimés 

d'aventure, les malles armoires avec leurs tiroirs spécialisés, leurs tirettes, leurs surprises,
 et aussi les cabines de yacht, merveilles de confort concentré, et encore le service de
 campagne de Napoléon, nous ne pouvons qu'admirer ce cabinet de toilette portatif."

Vogue France, de juin 1935


Je complète pour répondre a une question posée dans les commentaires ci-dessous.


Délia Clauzel
La ravissante Delia Clauzel est née le 15 mai 1909 à Paris, son père Bertrand Clauzel etait ministre plénipotentiaire de France à Vienne en 1928, en 1932 aussi, sous Edouard Herriot,




Lors de cette soirée, Délia Clauzel était devenue entre-temps Madame Schiff Giorgini, elle s'était mariée le 12-3-1928 à Paris. Cet homme très riche fut aussi d'une grande importance dans la vie politique italienne avant la guerre et les familles Schiff et Giorgini sont très intéressantes pour leur passé.
Délia Clauzel était juive, je sais juste d'elle qu'elle avait habité au 1 rue de Buenos Aires à Paris jusqu'en 1931 et ensuite au 62 rue de la Tour à Paris jusqu'en 1939, elle aimait la vie parisienne et sortait beaucoup, elle divorça le 11 février 1937.


Vog                                               une étole de vison blanc et col en renard argenté

Il semble qu'elle ait eu deux enfants, l'un d'eux né en 1931. Elle quitta Paris pour échapper aux Nazis et descendit avec ses enfants dans le Midi, dans le village de Garéoult, où elle est restée jusqu'en 1945.
Elle est décédée le 9 nov. 1997 à Genève.

N'oubliez pas de faire ci-dessous des commentaires et de revenir si le sujet vous intéresse, car celui ci évoluera

mardi 11 août 2026

Le Colonel René Marty et les Arpels: Marty n'était pas comptable chez les Van Cleef avant 1940

 

Cliquez pour agrandir toutes les images
Sur ce cliché de France Soir , le petit homme rond qui tient son chapeau dans la main gauche , c'est le Colonel de Réserve René Marty, au centre droit, René Bousquet secrétaire général de la police de Vichy faisant office de Ministre de l'intérieur, et à droite Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy nommé par le Maréchal Pétain.
Le Colonel Marty est un mystère  que j'ai essayé de traiter au début de mes recherches sur les Van Cleef et les Arpels.
 Etait il vraiment comptable chez Van Cleef & Arpels avant guerre?


Peu de textes existent sur lui, son dossier aux archives nationales a été "nettoyé" il avait comme son cousin Bousquet, gardé beaucoup d'amis du régime de Vichy après 1945.

Deux livres parlent de lui à plusieurs reprises, le premier livre est celui de Pascale Froment, intitulé" René Bousquet"  au éditions Stock , sa deuxième édition chez Fayard, comporte des manques, certains noms et certains faits qui sont dans l édition Stock ont disparus dans la deuxième édition.
Dans cette première édition, formidable travail, 620 pages de données innonbrables qui constituent un travail exceptionnel, Pascale Froment traite entres autres, des frères Scali, or il se trouve que madame Arlette Scali, aujourd' hui décédée  a écrit deux livres sur le même sujet, sa vie et surtout sa vie pendant la guerre.et dans son livre "Une vie pas comme une autre" paru chez  Michel Laffon, elle écrit souvent au sujet du Colonel Marty (en particulier sur le passage reproduit plus haut) Elle nous indique qu'il était comptable avant la guerre et qu'il était ami de Nenette Puissant et Elie Scali.
Elie Scali fut un temps (avant 1935) l'amant de Renée Rachel Puissant Van Cleef,  mais je ne comprenais pas comment Marty, ce militaire de carrière avait pu travailler avant 1938 chez Van Cleef . Madame Scali le décrivant comme étant ami personnel de Alfred Van Cleef travaillant comme comptable place Vendôme.
Je viens de recevoir le dossier militaire du Colonel Marty.


Ses états de service démontrent que c'est impossible , il a connu les Van Cleef et les Arpels, car dès 1920 il  est mis à la disposition du grand chancelier de la légion d'honneur.


Notez au passage que cet homme, d'une grande intelligence*, a commencé comme seconde classe dans l'armée.
*D'apres son dossier militaire


Le Capitaine Marty photographié d'après le service du patrimoine du ministere de la culture par Nadar.
Ce doit être Félix Nadar le fils, car Nadar est mort en 1910. Marty a été décoré de la légion d'honneur le 6/10/1917, nommé Capitaine le 19/4/1918 et muté a la grande chancellerie de la légion d'honneur en 1919, la photo daterait de 1920?

Et c'est ainsi qu'en 1920 il traitera le dossier de Légion d'honneur  de Esther Van Cleef, née Arpels puis Alfred Van Cleef , puis Salomon Arpels.....etc 


Ci-dessus le Général Dubail grand chancelier de la légion d'honneur et son aide de camp René Marty
"René Marty" fit presque toute sa carrière de 1918 à 1939 à la chancellerie de la Légion d'honneur à Paris


Il est mis à disposition du Ministère de l'intérieur le 28 avril 1942  au secrétariat général de la Police , c'est a dire sous les ordres de son cousin "René Bousquet".


Ce beau gosse, c'est René Bousquet en 1943, il s'est fait tirer le portrait par les studios Harcourt, qui ont réalisé pendant la guerre une très intéressante galerie de gens célèbres.

Et si les services de la mémoire et des affaires culturelles de la préfecture de  Police  m'ont écrit  que "nos recherches sur le Colonel Marty se sont soldées par la négative", je ne puis que constater qu'il a bien été mis à la disposition du Ministère de l intérieur (Secrétariat général de la Police) le 28 avril 1942 et ce par la D.M. N° 38332 TF/PM uA du 7/5/1942.

Madame Scali a peut etre confondu entre avant et après guerre, car elle avait 92 ans lorsqu'elle a écrit son livre, bien qu'elle fit preuve de beaucoup de mémoire dans son livre.
C'est le 21-6-1942 que Marty  est admis à faire valoir ses droits à la retraite de l armée, mais il est déjà à Vichy, il traitera pour Bousquet de diverses taches comme la création des GMR ou pour la rafle du Vel D'hiv, puis fin janvier 1943 enverra Pierre Aviron Violet, polytechnicien, en éclaireur pour superviser la logistique de la Rafle de Marseille (Pascale Froment dans son livre sur Bousquet chez Stock)

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Quand j'ai fait mon service militaire, en grande  partie à Paris, j'étais toujours étonné de voir des placards de décorations sur la poitrine de nos valeureux guerriers, et je me disais "il n'a quand meme pas fait autant de guerres" , Marty, lui c'était surtout une guerre de relations d'états majors"!!!

Le 20-10-1942 sa mise a la retraite de l'armée est annulée et il est promu au grade de colonel de réserve.
Il sera en raison de sa conduite pour le régime de  Vichy, rayé des cadres par décret du 25-6-1945 .
C'est  après une courte période de détention à Drancy  (d'ou d'ailleurs Elie Scali viendra le chercher) qu'il rentre chez les Arpels  en 1945/1946 , j'ai recueilli deux témoignages de la part de personnels ayant travaillé avant, pendant, et après guerre chez Van Cleef et Arpels .
ces personnes m'ont déclaré que "le colonel" réglait toutes sortes d'affaires avec les ministères et surtout les services de police ou il avait gardé de nombreuses relations.


Cet extrait du livre de Madame Scali permet de comprendre les étonnantes relations d'une femme de religion Juive, qui a perdu beaucoup d'amis et de famille morts en camps de concentration, mais qui se réjouit de fréquenter des hommes du régime de Vichy qui ont protégés (comme Marty et Bousquet) leurs arrières, mais qui n'ont eu guère de scrupules vis a vis des Juifs qui ne les interessaient pas (les étrangers, les pauvres, les sans dents)
C'est ainsi que Madame Scali frequentait Marty, la famille Bousquet et Louis Arpels après guerre, que Pierre Arpels fréquentait Romy Schneider malgré la conduite de Magda, que Lucienne Arpels était la maitresse de Le Pen, etc !!, ce fut une étonnante époque, une horrible époque, un monde différent des autres.

Jacques ARPELS: Fuite et refuge en Suisse en mai 1944

« Cet article, initialement publié il y a plusieurs années et retrouvé grâce aux archives du Web, a été revu, complété et actualisé à la lu...