mercredi 15 juillet 2026

Salomon Founes

Cher Monsieur

Voici le document proposé.
Sachez que votre blog est une source de référence et d'apprentissage pour moi.
C'est grâce à celui-ci que je grandis et que j'ai acheté une broche Jean Fouquet qui rend les spécialistes fous actuellement.
Profitez donc.
Respectueusement
Julian......
....


Et c'est un document intéressant. Une liquidation d'entreprise qui eut son heure de célébrité, mais que la crise de 1929-1930 a menée à la faillite, c'est un sujet que j'ai traité assez largement.
https://www.richardjeanjacques.com/2011/09/la-faillite-du-comptoir-lyon-alemand-et.html

La faillite du Comptoir Lyon Alemand et le crash des diamantaire qui s'ensuivit.
J'avais écrit à propos de Founès (Salomon). Après la mise en liquidation judiciaire en 1932, ce joaillier mourut et en 1934 un accord fut passé entre les créanciers et sa veuve moyennant abandon de l'actif ; la BNC avait produit pour environ 16.500.000 francs et n'obtint qu'un règlement partiel.

Donc le mercredi 26 juin 1935 on vendit aux enchères des bijoux qui appartenaient à la succession Founes.


Ce collier a peut être deux raisons d'exister, ou Mr Founes l'a acheté en Inde, ou il a été fabriqué en France à l instar de Cartier. qui vendit plusieur colliers de ce genre et fabriqua aussi le fameux collier de Patiala


Collier de Patalia


D'autres pièces somptueuses


Une fortune en diamants puisqu'il a fallu 9 experts pour chiffrer et donner leur avis.
Messieurs Adler, Linzeler,Fromanger, Templier, Baudoin, Falkenberg, Reinach, Lemaire et Charraud






Ce sont de beaux bijoux, ils ont été vendus, ont-ils été démontés ?

Mais qui était Salomon Founes ? Il est né en Égypte le 15 avril à Alexandrie et sa société commerciale est déclarée en décembre 1920 au registre du commerce, d'après le dictionnaire Verlet, mais certains articles dans le journal "Stamboul" m'ont fait douter.
Aux Archives nationales, j'ai découvert :

FOUNES, Salomon Description Naissance : 3 mars 1875, Constantinople, Turquie.
Profession : commerçant Résidence : Tours, Indre-et-Loire, France.

Il est arrivé en France assez tôt, mais n'a été naturalisé qu'en 1923


Il était antiquaire en biens mobiliers, mais aussi en diamants et perles fines.


Peu de choses en archives 


Le décès de son père







Belle publicité en 1928


1929


1930









mercredi 24 juin 2026

Raymond TOPET: poinçon difficile à Trouver


 Caroline ......  Expert en B.J.O. mar. 23 juin 20:32 (il y a 15 heures) À moi. 

Cher Monsieur,

Je suis votre blog depuis quelques années déjà, un grand merci. Merci pour toutes ces informations que vous partagez si généreusement. Je me retrouve devant un magnifique bracelet articulé, travail français. Le bracelet est de haute qualité avec un fermoir dissimulé dans une feuille ciselée. Bref, du grand art. Et pourtant, même s'il comporte un poinçon de maître parfaitement lisible...impossible de le retrouver. Le poinçon suivant vous dit-il quelque chose ? Dans un losange horizontal  : R une fleur à cinq pétales avec une tige et un T (qui pourrait être un I ou un L mais je penche plutôt pour le T).

Intellectuellement, avoir sous les yeux un poinçon lisible et ne pas réussir à l'attribuer me rend folle. Si vous arriviez à m'aiguiller, ce serait formidable. Je joins à ce courriel une photo du bracelet et un dessin du poinçon. Je vous remercie par avance de vos diligences. Votre bien dévouée.

Caroline .........

Je m'empresse de répondre

Bonjour Caroline,

Une colle, votre truc.

Vous l'avez bien décrit, j'ai été chercher dans le  dictionnaire Verlet, un poinçon RT avec une fleur (il n'y a que 26 poinçons R.T.). Un seul correspond à la description  "Texier Roland, symbole une marguerite: Lettres R.T.",

 Mais ce n'était pas cela du tout, car page 2187 de son gros livre, le poinçon de Roland Texier est un pin.


J'ai repris votre description et une fleur à 5 pétales n'est pas une marguerite mais un hibiscus.

Re et re, rien ! Dans le Verlet un seul poinçon avec un hibiscus, mais marqué A.T. Rien ne se tient dans ce livre.


J'ai cherché dans le livre des poinçons du Paris Bijoux (l'avez-vous ?). Et là, j'ai trouvé "Topat initiales RT et un hibiscus", j'ai  repris d'autres emplacements dans le livre.

Finalement j'ai réagrandi la page et c'est TOPET.


Le Paris Bijoux le signale à Nice, mais j'ai repris ma collection d'annuaires AZUR et là, je trouve qu'il a été d'abord insculpé à Paris en 1945, et un peu plus tard à Nice.

Finalement le Verlet, page 2214, a la bonne version, mais il fallait le savoir, car page 470 du petit répertoire aucun TOPET comme d'habitude ce bouquin cher est bourré d'erreurs qui ne facilitent pas la recherche.

Tant qu'à faire ces recherches…


Raymond Henri Topet est né le 08/05/1907 au 62 boulevard de Belleville à Paris. Son père avait 35 ans, était valet de chambre, et sa mère, Louise Fourel, 30 ans, était polisseuse (peut-être en joaillerie, ce qui aurait décidé de son destin?). 


Mise a jour, voici son poinçon de Maître  fleur à cinq pétales.




Il s'est marié le 11/04/1929 à 22 ans. Chez qui a-t-il travaillé ? Je n'ai pas trouvé pour l'instant.


 Il a 39 ans lorsqu'il est fait prisonnier le 29 janvier 1941 par les Allemands, direction le Stalag.

À son retour, il s'installe à son compte.


En 1948, l'AZUR le signale au 118 rue de Turenne à Paris.


118 rue de Turenne, Paris


1952 dans l'Azur



Bague bombée française en diamant et cristal de roche des années 1960
Bague vintage du milieu du XXe siècle en or 18 carats et platine, ornée d'un diamant taille brillant serti sur griffes, au cœur d'un cristal de roche sculpté aux extrémités arrondies. Poids total des diamants : 1,06 carat. France. Poinçon pour Raymond Topet, Nice. 
Revendue par :  https://www.kentshire.com/




1952 dans l'azur


Pas loin de la gare Montparnasse



Au mois de juillet 1954, Raymond Topet et son fils Maurice ont constitué une importante société. 





Son fils Maurice se fiance en 1954.



Raymond est décédé à Nice le 07/03/1989 à Nice  Il avait 82 ans 


vendredi 12 juin 2026

Bracelet HERMES: poinçon de DESCOUX - RIOTTOT - LEFEBVRE Pierre

 


Maylis F.....Pièces jointes 3 nov. 2025 09:10 À moi

Bonjour Monsieur, Je viens de lire votre blog "Bijoux et pierres précieuses" que je trouve très intéressant (moult détails, un vrai "travail d'orfèvre");J'ai particulièrement apprécié l'histoire de Gaëtan de Percin (j'ai des amis toulousains descendants de cette famille).

Votre expertise peut, j'en suis convaincue, permettre de répondre à une interrogation. En effet, je possède un bracelet Hermès "vintage" (comme on dit de nos jours) dont je n'arrive pas à déterminer l'origine. Pourriez-vous, je vous prie, et si vous en avez le temps, identifier le maître orfèvre qui l'a confectionné ? Je joins plusieurs photos à cet email. Je vous remercie par avance pour votre aide et surtout pour votre blog

Bien à vous.




Richard Jean-Jacques <richard.jeanjacques@gmail.com>
3 nov. 2025 14:16
À Maylis

Bonjour
Je pense que c'est Philippe Descoux  puis maison Riottot. Son poinçon de maître était un masque et deux étoiles et PhD  biffé en 1933.
On pourrait trouver son histoire.
Bon après-midi.
Jean-Jacques


À la réflexion, ce serait plutôt avec un poinçon très proche. Pierre LEFEBVRE

Explications

Il y eut d'abord Philippe Descoux qui fabriquait des articles pour fumeurs et bureau au 5 rue de Tracy à Paris, puis au 55 rue de Turbigo. Il s'installe et insculpe son poinçon en 1914. Son poinçon est dans un losange horizontal, lettres Ph.D., un masque et deux étoiles.
Son poinçon est biffé en 1933.
L'affaire est revendue à Pierre Lefebvre, mêmes adresses, successeur des anciens établissements Lefebvre fils aîné.
Le poinçon de Pierre Lefebvre est : deux étoiles et un masque: initiales P.L. insculpation en 1933, puis réinsculpation le 16 mai 1949. Il fabriqua des  stylos et plumes en platine, des boîtes, des étuis à cigarettes, des perce-cigares, des poudriers, des moussoirs à champagne, des boutons de manchettes des pinces à billets.
Il est encore dans l'Azur en 1961, c'est pourquoi je pense que c'est lui.

Poinçon de la maison BERMUDES Sur un bracelet HERMES


Maylis F........
Pièces jointes
18 mai 2026 16:27
À moi

Bonjour Monsieur,
J'ai trouvé votre contact sur internet, où il est indiqué que vous êtes un grand spécialiste des poinçons d'orfèvre.
J'ai un bracelet Hermès dont je n'arrive pas à déterminer l'orfèvre.
Pourriez-vous, s'il vous plait, m'apporter votre aide ?
Voici les photos en pièces jointes.
Merci d'avance.
Bien à vous  



Il m'a fallu plusieurs photographies et traiter l'une d'elles pour déchiffrer les lettres. Sté. B. et un triangle avec trois boules, rare comme poinçon, ne cherchez pas dans le Verlet, il n'y est pas.
J'ai redemandé à Maylis:


18 mai 2026 18:51
À moi.
C'est un triangle ou un trépied plutôt (avec un point dans chaque angle du triangle)
Merci d'avance pour votre aide. Bien à vous


Ma réponse.

richard jean-jacques <richard.jeanjacques@gmail.com>
mar. 19 mai 10:51
À Maylis
Bonjour Maylis,
C'est la société "BERMUDES" qui a été créée en 1994, elle était au 75 rue de Turbigo à Paris.
Les triangles avec boules, censés remémorer "le triangle des Bermudes"
Si vous avez besoin d'autres infos ?
Bonne journée
Jean-Jacques


mercredi 15 avril 2026

En 1909 année de grands procès d'escrocs des Joailliers: L archiduc( Otmar-Karl Gubatta) et l archiduchesse. Lemoine, qui fabriquait des diamants.

En 1909 année de grands procès d'escrocs des Joailliers: L archiduc et l archiduchesse et Lemoine, qui fabriquait des diamants L'« archiduc» et la «comtesse» devant la correctionnelle Les deux escrocs de l'avenue Kléber, Gubatta, le faux archiduc, et sa femme, Sylvia Thcmson, veuve Van Reck, ont comparu hier devant la 100 chambre correctionnelle. Otmar-Karl Gubatta n'a pas encore tout à fait vingt ans, et déjà l'on ne compte plus ses aventures et ses démêlés avec la justice des deux mondes. Né à Linz, en Autriche, fils d'un petit fonctionnaire, il débute en escroquant sa mère, restée veuve, à l'aide de fausses lettrès. On lui a fait apprendre le métier de cuisinier et on l'a placé dans un hôtel, à Mayence. Mais ce sont de bien autres destinées qu'il rêve, et il quitte Mayence pour aller à Vienne essayer de faire du théâtre. La vie de plaisirs qu'il mène à Vienne le conduit à voler les bijoux de sa mère, et, comme on le menace soit de l'interner dans une maison de correction, soit de l'embarquer comme mousse, il s'esquive avec une cuisinière et part pour New-York. Gubatta n'avait encore que dix-sept ans. Peu après, il revient à Vienne. Mais, comme il s'y fait condamner pour avoir, en 1907, donné un faux état civil, il retourne en Amérique. Cette fois, c'est la Californie, le pays de l'or, qui l'attire. Il y débarque sous le nom d'Eugène comte Harrik et ne tarde pas à s'y faire condamr.er à 60 jours de prison et 60 dollars d'amende pour escroqueries. Sa prison faite, il prend le train pour San-Francisco, et, là aussi, il se fait arrêter, ayant encore usurpé un nouveau titre, celui de comte Hunach. Au cours de cette odyssée, il avait rencontré Sylvia Thomson. Elle était beaucoup plus âgée que lui trente-cinq ans. Mais elle lui apportait un concours précieux. Dans son enfance, elle avait eu pour amie une vraie duchesse. Depuis, elle s'était frottée au grand monde et y avait acquis assez de manières pour pouvoir, à l'occasion, tenir un personnage de grande dame. Tous deux, en janvier 1908, partirent pour l'Europe. A Paris, ils ne firent que toucher, juste le temps de louer à la Compagnie Routière une automobile qui les mena à Zurich d'abord, puis à Aussee, en Autriche, où ils louèrent, 5.000 couronnes l'an, la villa du docteur Edlinger, conseiller du tribunal suprême impérial et royal. En peu de temps, les dettes qu'ils avaient accumulées à Aussee provoquèrent des poursuites qui les obligèrent à déguerpir. Ils retournèrent en Amérique, où, sans formalités, à la mode du pays, ils se marièrent D'avril à août 1909, on les retrouve à Lausanne, où le propriétaire de la villa Florence, le bijoutier Granser et la comtesse d'Etchegoyen se plaignent d'avoir été escroqués par eux. Ils se décident alors à tenter le coup décisif à Paris. Ils y arrivent en octobre, toujours en automobile, et descendent à l'hôtel Continental, dans un appartement somptueux, bien entendu. Aussitôt, Sylvia Thomson va trouver la duchesse qu'elle a jadis connue, la duchesse d'Andréa, et réussit à. se faire présenter par elle au joaillier Fontana. Elle invite le joaillier à venir à l'hôtel Continental, et, lui montrant la photographie d'une princesse en habit de cour. Ma belle-mère, dit-elle, Son Altesse l'archiduchesse Maria-Josepha. Elle a les plus beaux bijoux du monde. Mon mari, l'archiduc Karl Heinrick et moi, nous voyageons incognito. C'est bientôt son anniversaire. Je voudrais, à cette occasion, lui offrir quelques bijoux dans des écrins à son chiffre. Le luxe de l'appartement, la photographie en costume de cour, les allures princières de Sylvia Thomson déterminèrent M. Fontana qui, le 15 octobre, livra au faux archiduc 200.000 francs de bijoux. Dans la partie suprême qu'ils avaient engagé, la première manche était gagnée. Sans perdre de temps, Gubatta et sa femme s'occupèrent de faire argent des bijoux livrés. Un bijoutier, M. Blum, leur acheta un rang de perles. Un autre joaillier, M. Chaumet, leur acheta une perle pour 7.000 fr. Dans le Journal La Lanterne le résumé d'une énorme affaire. L'affaire LEMOINE LE SECRET DE - L'INVENTEUR C'ETAIT UN MYSTIFICATEUR -L'identification des diamants. — Une disposition accablante. — Les confrontations d'hier. — Les dénégations de l'inventeur. — Le mémoire de la défense. On peut dire aujourd'hui que l'instruction de l'affaire Lemoine est virtuellement terminée. La preuve est faite que J'ingénieur alchimiste n'est qu'un ingénieux fu miste, qui a réussi à mystifier des hom. mes comme le gouverneur de la De Beers, des joailliers expérimentés, des financiers avisés et retors. Les témoignages recueillis hier, venant après la déposition décisive d'un des diamantaires qui avaient fourni à la maison Bourdier un stock de diamants bruts pour Mme Lemoine, ont levé tous les doutes. Lemoine est un mystificateur fort habile ; mais il n'a jamais fabriqué la moindre parcelle de diamant il n'a même jamais cherché sérieusement à en obtenir. Nous avons dit hier que Lemoine avait refusé de reconnaître les diamants apportés par M. Wernher, mais que plusieurs de ces diamants avaient été formellement reconnus par M. de Haan, fournisseur de, la maison Bourdier, comme étant bien ceux qui avaient été livrés à Mme de Rigny, aujourd'hui Mme Lemoine. Comment les diamants furent reconnus Nous avons demandé à M. de Haan si quelles particularités il a reconnu les diamants. — Ces particularités sont nombreuses et probantes, nous a répondu M'de Haan. Voici d'ail leurs exactement comment cela s'est passé : Dès que ja'i été introduit avec mes deux fit dans de cabinet du juge d'instruction, nous a dit M. de Haan, M. Le Poittevin m'a montré un lot considérable de diamants qu'il avait placé sur sa table. * ., - Pourriez-vous, m'a-t-il dit, reconnaître dans ce tas les diamants que vous avez vendus à M Bourdier en 1905 ? Depuis plus de quarante ans que je travaille le diamant, il m'en est passé par les mains d4 toutes sortes et de toutes dimensions, et voua comprenez que lorsque l'un d'eux porte quelque particularité. je n'ai pas à cberçber longtemps pour la reconnaître. Lorsque, en août 1905, M. Heng, de la maison Bourdier, me demanda de lui fournir une certaine quantité de diamants bruts, je me trouvais un peu. a court. D'ailleurs, je dois vous dire que je suis tailleur de diamants et non pas marchand de diamants bruts. Pour compléter la commande faite par M. Heng, je dus livrer use certaine quantité de diamants ayant subi un commencement de travail. Cela m'a permis hier de les reconnaître à coup sûr. Les diamantaires ont, en effet, chacun leur façon de procéder. Avant de procéder à la taille d'une pierre, nous l'examinons soigneusement. Si nous percevons un défaut, nous opérons ce que l'on appelle Je « clivage ». Nous recherchons le fil de la pierre, puis après l'avoir entamée, nous faisons sauter avec un couteau la partie où se trouvent les défauts. Or, nous avons retrouvé hier sur la table de M. Le Poittevin plusieurs morceaux « clivés que nous avions livrés à la maison Bourdier. Nous avons retrouvé également des diamants dans lesquels nous avions déjà pratiqué une facette. Parfois, en effet, au lieu de procéder immédiatement au clivage, nous ouvrons une facette afin de reconnaître à quelle profondeur se trouvent exactement les défauts constatés et de voir si ces défauts ne disparaîtront pas avec la taille. Après avoir ainsi reconnu les diamants que j'avais livrés, soit aux facettes que nous avions déjà taillées, soit à notre procédé de clivage, je les ai mis à part et j'ai dit au juge : « Ces diamants sont les miens ! Je m'étais fait accompagner de mes deux fils qui ont, eux aussi, reconnu nos diamants, et j'avais apporté nos livres afin de faire les vérifications nécessaires. M. Le Poittevin m'a alors demandé si on pourrait vérifier le poids. Un de mes fils est allé chercher une balance à carats. Nous avons pesé, en présence du juge, les diamants que nous avions reconnus, et en nous reportant à nos livres, nous avons constaté que le poids était exactement le même. — Pourriez-vous nous dire d'où provenaient les diamants que vous avez livrés ? — Ces diamants venaient de la mine de Jaggersfontein qui se trouve au Cap Je crois aussi pouvoir vous affirmer que les autres diamants qui se trouvaient sur la table du juge provienment également du Cap, de la mine de WesseJtoh. Mme Lemoine a déclaré que son mari achetait des diamants bruts pour les réduire en poudre, mais il existe à cet effet dans le commerce de petits diamants d'inférieure qualité à moins de 1000 francs le carat qu'il pouvait facilement se procurer. Comme on vient de le voir, M. de Haan affirme que les diamants fournis par lui provenaient de la mine de Jaggersfontein. Or, M. Verneuil, professeur de chimie au Conservatoire des arts et métiers, qui avait eu à examiner dans une autre circonstance des diamants que Lemoine prétendait avoir fabriqués, avait déclaré que ces diamants provenaient fort probablement de cette même mine de Jaggersfontein. Auditions et confrontations La déposition de M. de Haan fut accablante pour l'inculpé, et hier on estimait, au Palais de justice, que la cause était entendue comme on dit en langage judiciaire. Le pseudo-fabricant de diamants a bien essayé de parer le coup dans la journée d'hier, mais quelque énergie il possède, quelque habileté dont il fasse preuve. il lui est bien difficile de se tirer de ce mauvais pas. M. Le Poittevin a fait amener l'inculpé, à deux heures, dans son cabinet, et lui a donné connaissance de la déposition de M. de Haan. Lemoine, d'abord quelque peu interloqué, s'est vite ressaisi. M. de Haan a dit ce qu'il a voulu, a-t-il déclaré, quant à moi j'ignore, ainsi que je vous l'ai dit hier, si les diamants qu'il a examinés sont bien ceux que j'avais remis à M. Wernher. J'ai au contraire, toutes raisons de croire que ce sont des pierres que le directeur de la De Beers West lui-même procurées par ailleurs. » Le juge d'instruction a fait retirer Lemoine dans son arrière-cabinet, puis il a fait introduire M. Gardner. industriel au Tréport M. Gardner avait été pressenti au sujet de la prétendue invention de Lemoine à laquelle on lui avait demandé de s'intéresser. Lemoine s'était rendu au Tréport avec Moine, un de ses premiers associés, et avait procédé à des expériences dans les établissements de M. Gardner. On sait que, sur commission rogatoire du juge l'instruction, les creusets dont fêtait servi Inventeur avaient été saisis et on aurait constaté qu'ils avaient été truqués. L'inculpé, à qui des débris de ces creusets avaient été présentés hier. ne les .avait pas reconnus. ,. ► M. Gardner a été longuement entendu par le magistrat à ce sujet, puis il a été confronté avec Lemoine. M. Lemoine a été également interrogé et confronté avec l'inculpé. Ce dernier se sentant perdu prend désormais le parti de tout nier ; malgré les précisions qui lui sont opposées, il persiste à ne pas reconnaître les creusets, comme il n'avait pas reconnu hier les diamants apportés par M. Wernher. La défense de Lemoine a rédigé un mémoire pour sa défense. Ce document, écrit à la machine sur deux feuilles de grand format, a été communiqué à la presse par d'Ûzer, ;beau-frère de l'inculpé., Ce plaidoyer personnel n'apporte aucun fait nouveau. Il débute ainsi : Depuis deux mois de,l'instruction de l'affaire Wernher-Lemoine, il n'est actuellement encore résulté ..que les faits suivants. : Lemoine a incontestablement sorti du diamant de ses creusets. Parmi différentes personnes qui ont toutes assisté à plusieurs expériences et ont toutes, sceptiques d'abord, été convaincues ensuite, Wernher plus que tout autre, puisque Wernher lui-même a payé 1.600.000 tr pour assurer cette affaire. Les personnalités qui ont assisté aux expériences et qui sont MM. Alfred Beint, gouverneur à vie de la De Beers, actuellement décédé, sir Julius Wernher, Francis Oats, lord Armstrong, Franck Gardner et Willy Feldeinheimer, les personnalités, poursuit le document, ont pris les précautions les plus minutieuses. Ce document se termine ainsi : Et en supposant que Wernher ait été assez naïf pour tomber dans les pièges de Lemoine pourquoi n'y croit-il plus ? Lemoine s'est-il récusé ? Non, l'instruction démontre le contraire. Lemoine s'est-il sauvé avec l'argent soutiré à Wernher 'Non, encore puisqu'il est représenté au-delà de sa valeur par des biens et des valeurs immobilières que Lemoine ne pourrait emporter avec lui. Et alors, si Lemoine était un fumiste; dans quel but toutes ces manœuvres hardies et dangereuses ? Pourquoi n'a-t-il traité avec Wernher alors que ce dernier ne lui demandait par l'entremise de l'avoué Valeton au tribunal de Tarbes, que trois cent mille francs pour le désintéressement de toute l'affaire î Pourquoi, même sous la menace d'une plainte, Lemoine refuse-t-il de traiter ? Pourquoi lorsque cette plainte était déposée, Lemoine qui en avait copie et qui la connaissait ne s'est-il pas enfui ? Le document, communiqué au nom de Lemoine n'est pas, croyons-nous, de nature à beaucoup servir à la défense et, pendant toute la journée d'hier, on annonçait qu'un coup de théâtre allait se produire. On s'attendait à une arrestation Sensationnelle, à laquelle on devait, disait-on, procéder à l'issue des confrontations Les faux creusets. Après l'ouverture de l'instruction, un ingénieur avait soumis à M. Le Poittevin des croquis de creusets hypothétiques et. dans lesquels il avait imaginé un « truquage permettant d'expliquer les pseudo-expériences de Lemoine. Ce « truquage » consistait en Une cavité creusée dans la paroi intérieure — latérale ou de fond — du creuset, dans laquelle on pouvait introduire des diamants naturels, et que l'on bouchait ensuite avec une matière fusible, A une certaine température, cette matière aurait fondu et les diamants seraient tombés au fond du creuset, où les témoins de l'expérience les auraient ensuite « découverts ». On se rappelle, d'autre part, qu'un chimiste avait condamné cette hypothèse des creusets truqués, en disant que, de diamants naturels soumis. à la haute température d'un four électrique, il ne serait resté qu'une pincée de cendres. Lemoine, questionné sur ce point, â combattu, lui aussi, l'hypothèse des creusets truqués, mais par d'autres arguments. 11 a dessiné hâtivement un schéma de creuset de cette espèce et a écrit au-dessous : En outre que les parois auraient brûlé, il est impossible de placer des diamants de vingt carats sans faire un emplâtre considérable et qui ne pouvait manquer de laisser des ouvertures géantes dans les parois du creuset après l'expérience. Les joailliers partie civile M. Templier, président de la chambre syndicale de la bijouterie, orfèvrerie, joaillerie, s'est rendu chez M. Le Poittevin pour l'informer qu'il se portait partie civile dans l'affaire Lemoine. - Cette intervention est toute. naturelle, nous A-t-on dit au siège de la chambre syndicale- L'hypothèse qui avait semblé tout d'abord s'accréditer dans le public, à savoir qu' Henri Lemoine avait trouvé un procédé pour la fabrication artificielle du diamant, avait provoqué une, certaine émotion dans notre corporation. La, plupart d'entre nous possèdent d'importants stocks de diamants naturels qui subiraient une dépréciation désastreuse le jour où la découverte que prétend avoir faite Lemoine serait une réalité. Nous avons donc voulu savoir ce qu'il y avait d'exact dans les affirmations de l'inculpé. La loi de 1905 sur des fraudes nous en fournissait Je moyen. En 'effet, la loi qui concernait, les Supercheries en matière de joaillerie a été abrogée, et c'est celle de 1905 oui s'applique aux objets et pierres précieux. Or. on sait que cette dernière loi donne aux syndicats intéressés la faculté de se porter partie civile. il est probable que, lorsqu'ils firent la loi de 1905 sur les fraudes, nos législateurs ne se doutaient guère de l'interprétation qu'allait lui donner là chambre syndicale de la bijouterie. Ce fut une énorme affaire qui causa un grand préjudice à la professions Le 12 février1908, M. Templier reçoit d'un de ses confrères, qui a fait un voyage pour recueillir les doléances et examiner la situation, la note suivante: Depuis mon départ de Paris, j'ai beaucoup entendu parler de l'affaire Lemoine qui a partout jeté un doute fâcheux qui ne sera dissipé que lorsque la preuve aura été faite. Il est à souhaiter que l'action suive rapidement son cours pour que cette affaire se termine au plus vite. Les maisons les plus sérieuses (tel Fontan de Bordeaux) n'ont pas échappé à cette perturbation qui, dans l'état actuel des affaires, n'avait pas besoin de se produire. Le 10 mars 1908, M. Achdjian, diamants et pierres fines, 29 rue Drouot: Monsieur, Un négociant en diamants, actuellement arrivé des Indes anglaises, raconte avec peine que le mal que l'affaire Lemoine a causé là-bas à notre commerce comme partout ailleurs est lamentable, à tel point que personne ne veut acheter de brillants par crainte de sa fabrication comme rubis reconstitué. Le 10 mars 1908, M. Leroux, 8 cours du Boucq à Lorient (Morbihan), écrit à M. Templier : Je vous retourne cette fois encore votre choix intact. Vous ne sauriez croire le tort que cette malheureuse affaire Lemoine nous a causé, une quantité de personnes se figurant que cette sotte histoire doit faire baisser le prix du brillant. Des dizaines de lettres le Président déclare je me borne à vous lire encore celle de M. Rigaud, 15 Boulevard Saint-Martin: Monsieur le Président, Sachant que la Chambre Syndicale se porte partie civile au procès Lemoine, j'ai l'honneur de vous communiquer une lettre pouvant servir au débat et indiquant le grand tort qu'a causé ce monsieur à la corporation. Voici, Messieurs, la lettre communiquée par M. Rigaud et que lui avait adressée un de ses clients: Monsieur, Les diamants que vous m'envoyez ne peuvent me convenir, etc. La lettre se termine par ces deux lignes topiques: D'ailleurs, j'attends les expériences de Lemoine avant toute décision. Voilà donc où l'on en était! Dans la clientèle des bijoutiers, on attendait les expériences de Lemoine pour conclure des marchés ou exécuter les marchés conclus! En résumé Lemoine montrait devant tout un chacun qu'il fabriquait du diamant, il mit en péril toute la profession, ce fut une énorme affaire.

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