mercredi 23 septembre 2026

FLAMOR, la "marque" de Flamand & Fils: poinçon "F un maillet SA."

 Un copain expert me pose une question .

Que sais je du poinçon sur lequel il travaille !

Les initiales F.-SA avec comme symbole un marteau, j'ai d'abord cru que j'allais caler, mon copain avait cherché dans le Verlet et rien trouvé, ni sur les initiales, ni sur le marteau, le tout sur un bracelet HERMÈS.

L'I.A. n'a rien , ou du moins : Note historique : Si le marteau est l'élément central et non un simple petit symbole (souvent associé aux initiales F.M.), cela peut faire référence aux œuvres ou à la descendance de François Marteau, un célèbre graveur et orfèvre du XVIIIᵉ siècle. Dans la production moderne, le marteau reste un symbole classique très utilisé par les artisans du métal précieux.

Sauf qu'HERMES, au 18ᵉ, quand même, !! inutile de chercher.

Puis je me souviens que souvent la description du symbole peut induire en erreur, je refais le chemin vers les marteaux divers… rien.

Mais un marteau mal interprété peut être un maillet ? Je demande à mon ami Mike Fieggen, qui prépare un ouvrage magnifique sur les 2500 poinçons de maîtres les plus importants et les plus recherchés, car déjà de 1850 à nos jours, Pierre Verlet en a comptabilisé 40 000 !


Et en "deux coups de cuillère à pot", Mike sur son ordi sort le poinçon de FLAMOR S.A. et confirme que la maison a bien travaillé pour HERMES. 



Ce fut une très grande maison a Angoulême, depuis 1848


Ancien bâtiment de fabrication des bijoux FLAMAND.
(Aujourd'hui on retrouve la base sur la seconde photo.)
Alexandre Flamand fonda la société Flamand en 1848. La famille était venue des Flandres au XVIIᵉ siècle pour participer à l'assèchement des marais poitevins. Le fondateur exerçait à l'origine le métier de maréchal-ferrant dans la ville d'Aigre en Charente. Expert du métal donc, il s'était mis à réparer les bracelets, les bagues et c'est ainsi qu'il s'orienta peu à peu vers la bijouterie. Longtemps premier fabricant français de bijoux en or, premier exportateur aussi dans son secteur, comptant près de 800 salariés répartis sur 3 sites et disposant d'un réseau de 250 points de vente (Les Nouveaux Bijoutiers), l'entreprise Flamand devenue CFPI (Compagnie Flamand Pfertzl International) ferma ses portes en 1993, emportée par le phénomène de désindustrialisation de l'époque et la nouvelle concurrence internationale pour la fabrication. Ce texte est de Claude Prineau, ancien de Flamor.


Peut-être que cette maison mériterait un plus grand article.

Des compléments : m'écrire à : richard.jeanjacques@gmail.com

vendredi 4 septembre 2026

LERTIER OU LABARTE ? Quand un poinçon brouille l'histoire de la joaillerie


 Une amie antiquaire en joaillerie "Miller Rue Saint-Honoré", https://www.miller.fr/  me demande d'identifier un poinçon de maître sur un collier Cartier, mais le poinçon est mal placé et difficile à lire. Je lui demande d'essayer à nouveau.


On y voit Sté, puis ce que je prends pour un fer à cheval et L, or un texte rencontré indique "Lertier",

« C'est exact. La Sté Lertier est un nom hautement respecté... »

« L'excellence technique... notamment le maillage articulé... Maillon Panthère ou Pénélope... »

Ce nom ne me disant rien, je cherche de suite et, à part le dictionnaire Verlet qui le cite, je ne trouve rien.


Cette société existe bien depuis 1956. Verlet indique Azur 1961, je le recherche dans ma collection d'annuaires Azur. Je le trouve dans un annuaire Azur de 1972, un autre de 1981.


Aucune publicité, comme celles qui se trouvent au début des annuaires, avec l'adresse, le tel, etc. Je ne le trouve nulle part dans les rubriques spécialisées (bijoutier, chainiste), mais il figure bien dans les poinçons de maître à la fin de l'ouvrage.

Comme à mon habitude, je cherche parmi les ventes des grandes maisons de vente, et là surprise, sur de belles pièces


Dans une vente de Christie's en 2018 (décembre) 

GOLD, DIAMOND, EMERALD AND ONYX 'MAILLON PANTHÈRE' NECKLACE, CARTIER
Circular-cut diamonds, pear-shaped emeralds, buff-top onyx, 18k gold (French mark), panther clip detachable, 16 ins., signed Cartier, maker's mark (Sté Lertier), numbered

En 2023
Comprising a necklace and bracelet, round diamonds, 18k yellow gold (French and British marks), both signed Cartier, maker's marks (Sté Lertier) (necklace), (Jacques Cartier) (bracelet), both numbered, red Cartier case
Diamonds (necklace): approximately 72 round diamonds with an approximate total weight of 1.90 to 2.15 carats
Diamonds (bracelet): approximately 59 round with an approximate total weight of 1.90 to 2.15 carats
Total diamond weight of the set approximately 3.80 to 4.30 carats

Mais un autre exemple va rapidement venir troubler cette première identification.

En poursuivant mes recherches, je retrouve en effet ce même nom de Lertier dans une vente de Christie's, cette fois sur un bracelet Hermès.



Lot nᵒ 166 revendu par la maison Christie's en 2021
HERMÈS. Bracelet en argent 925 millièmes composé de vingt maillons grain de café.
Orfèvre : Lertier à Paris 8ᵉ.
Long. : 19 cm - Poids : 70,2 g. Boîte et écrin.

Et là, pour ce bracelet, je commence à me poser des questions!
Non pas parce qu'il serait impossible qu'un même fabricant ait travaillé pour plusieurs grandes maisons, mais parce que je ne trouve toujours aucune trace d'un atelier Lertier correspondant à l'importance que lui attribuent ces catalogues.
Et mes recherches vont bientôt faire apparaître un troisième exemple, cette fois chez Mauboussin.

Or, ce bracelet me gêne davantage encore.

Sa surface, sa construction et surtout cette manière de travailler la maille me rappellent immédiatement le savoir-faire que j'ai rencontré chez Lenfant et dans l'environnement de Labarte.



Lot 204 Elmwood's
MAUBOUSSIN, A GOLD BRACELET in 18ct yellow gold, with a textured scale design, signed Mauboussin Paris and numbered, Lertier maker's mark, French assay marks, 18.5cm, 61.3g.Â
Estimate  £5,000 - £7,000

C'est une maison de vente anglaise, sérieuse, que je croise souvent dans mes recherches. https://www.elmwoods.co.uk/  je lui écris mes doutes, la réponse est rapide.

Merci pour votre courriel. Nous avons vendu ce bracelet le 4 décembre 2024. Vous trouverez ci-joint une photo du bracelet. Malheureusement, nous n'avons pas pris de photos des poinçons.
N'hésitez pas à me faire savoir si je peux vous être d'une quelconque aide.
Cordialement, 
Joe Kendrick
Responsable des ventes, Bijouterie

Car ce bracelet "sent" le "Lenfant". Lertier aurait-il acquis, lui aussi, ces procédés de maille, de paillette, de compression et de traitement de surface issus du travail de Labarte et Lenfant ? C'est possible en théorie, mais je ne trouve pour l'instant aucun élément permettant de l'affirmer. Et surtout, je ne trouve aucune trace d'un atelier Lertier ayant eu l'importance que laisseraient supposer les bijoux que les catalogues lui attribuent.

Écrire à Cartier est du domaine de l'impossible, mais je me tourne vers l'ami Olivier Bachet, qui a fait de si beaux livres sur la maison.

Bonjour Olivier,
J'ai une lectrice qui me demande à propos d'une chaîne Cartier de qui est le poinçon, j'ai trouvé, mais avez-vous quelque chose sur cet homme très discret qui a fabriqué pour Cartier, Boucheron , Mauboussin ?
Bonne soirée.
Jean-Jacques

La photo du poinçon n'est pas assez nette pour Olivier, j'en obtiens une meilleure.



Réponse immédiate.
Bonjour Monsieur Richard
Ce poinçon est celui de Labarte et Cie. Il a travaillé pour Cartier dans les années 1980.


Autant pour moi. Voilà que je venais de tomber dans le piège que je cherchais justement à débusquer.

J'avais pourtant écrit moi-même, en 2022, un article consacré à Maurice Labarte et à son association avec Georges Lenfant. J'y avais reproduit le poinçon de maître de Labarte, mais je n'avais pas fait le rapprochement avec celui qui venait de m'être soumis..


Poinçon que j'ai publié dans mon article

Olivier Bachet, lui, n'a pas hésité une seconde : Labarte.

Et soudain, plusieurs choses qui m'avaient intrigué depuis le début prennent un autre sens.

Le problème n'était peut-être pas Lertier. Le problème était l'identification du poinçon.


Et voilà comment je suis arrivé au bout de cette enquête.

Lertier existe bien : son insculpation est enregistrée en 1956, et il figure encore dans l'Azur de 1961. 1972 et même 1981  Mais ce n'est pas le fabricant des bijoux que plusieurs catalogues de ventes lui ont attribués.
Le poinçon que je prenais pour celui de Lertier est celui de Labarte et Cie.

Olivier Bachet, qui connaît particulièrement bien les archives et les fournisseurs de Cartier, l'a reconnu immédiatement.
Et je dois bien reconnaître que j'étais moi-même tombé dans le piège : j'avais pourtant publié ce poinçon de Labarte dans un de mes articles précédents !
La morale de cette histoire est peut-être là : un grand nom affirme, les autres reprennent, et l'erreur finit par acquérir l'apparence de la vérité.

Dans le cas présent, Christie's et Sotheby's et d'autres  ont attribué à Lertier des bijoux qui portent en réalité le poinçon de Labarte. D'autres catalogues ont ensuite repris cette attribution.

Alors, cette fois, nous allons tordre le cou à cette erreur.
Lertier reste Lertier. Labarte reste Labarte. Et un poinçon de maître mérite peut-être qu'on le regarde avant de regarder ce qu'en dit le catalogue.

mardi 1 septembre 2026

Un point "Noir" dans le diamant




Monsieur,
Vous serait-il possible pour vous de m'écrire en quelques mots le nom et la raison du phénomène qui fait que les diamants à taille ancienne ont un point noir au centre de la table ?
D'autre part pourquoi les diamants prennent une teinte un peu jaune ? Est-il possible de leur redonner un peu d'éclat ? Et comment ?
Encore merci pour tous ces échanges.
Martine S........

Madame,
En joaillerie, le « point noir » visible au centre d'un diamant taille ancienne (souvent appelé Old European Cut ou Old Mine Cut, « taille européenne ancienne » ou « taille « vieille mine » ») est appelé une colette ouverte, et il ne s'agit pas d'un défaut de la pierre, mais d'une caractéristique de sa taille.

Voici exactement pourquoi ce phénomène se produit :

Déjà vous avez la présence d'une facette supplémentaire (la colette) qui n'a rien à voir avec la célèbre romancière que pourtant sa mère appelait "Bijou Cheri".**

Contrairement aux diamants modernes dont la culasse se termine en une pointe parfaite, les diamants de taille ancienne possèdent une facette plate horizontale tout au fond de la culasse. Cette facette s'appelle la colette.

 L'effet "fenêtre" et l'absence de réflexion.


Sur un diamant moderne : la pointe de la culasse agit comme un miroir. La lumière qui entre par le dessus (la table) ou les cotés,  rebondit sur les facettes du fond et remonte vers l'œil de l'observateur. Le centre est donc brillant. 


Sur la gauche, le trajet de la lumière sur un diamant taillé moderne : la lumière, d'où qu'elle vienne, est réfléchie à la verticale. Mais si vous avez un diamant taillé trop épais, la lumière sera réfléchie en grande partie sous le feuilletis de la pierre, et si votre diamant est taillé trop plat, la lumière sera réfléchie sur le côté. Entre parenthèses, se méfier de certains discours du genre "votre diamant pèse deux carats, et en plus il a le diamètre d'un deux carats 80, c'est une affaire". Non, pas du tout pour les raisons que je viens d'expliquer.
De même sur un diamant taille ancienne, la colette étant plate et parallèle à la table, la lumière qui arrive au centre ne rebondit pas. Elle traverse directement la pierre par le bas. On appelle cela une fuite de lumière.

L'illusion du point noir


Puisque la lumière traverse cette facette sans être réfléchie, vous regardez en réalité à travers le diamant comme à travers une petite fenêtre. L'œil perçoit alors le fond sombre de la zone d'observation (l'ombre de votre tête, l'appareil photo ou l'obscurité de la monture).
Ce manque de réflexion de lumière au centre crée, par contraste avec le reste de la pierre qui scintille, l'illusion d'un point noir ou d'un trou sombre en surface.


Mais aussi, tout est une question d'éclairage, car sur ce diamant taille ancienne parfaitement retaillé en rond, il subsiste une petite table et une colette.


Comment différencier l'effet d'optique d'une inclusion de carbone ?

Publicité tirée de ma collection de revue France Horlogere de 1925

Il est très facile de confondre la colette ouverte avec un "crapaud" (vieille expression pour désigner une inclusion de carbone noir). 
Voici comment faire la différence à l'aide d'une loupe de bijoutier (grossissement 10x) :  Regardez le diamant de face et inclinez-le légèrement. Si le point noir reste parfaitement centré au milieu des facettes, c'est la colette (l'effet d'optique). Si le point se déplace ou semble bouger à l'intérieur de la pierre, c'est une inclusion.

La forme géométrique : au microscope ou une loupe 10X, la colette ouverte forme un petit octogone ou un cercle parfait et symétrique. Une inclusion de carbone a une forme irrégulière et asymétrique.

Quel est l'impact de la colette ouverte sur la valeur du diamant ?
Aujourd'hui, la présence de ce "point noir" n'est plus considérée comme un défaut, mais comme une preuve d'authenticité.
Un critère de certification : les laboratoires de gemmologie (comme le GIA ou le HRD) ne pénalisent pas cette facette. Ils mesurent sa taille dans leur rapport (de None à Extremely Large). Une colette medium à large est typique et recherchée sur une taille ancienne.


Regardez cette bague avec un serti de diamants très bien réalisé, il n'y a que des tailles anciennes de même couleur, avec ses trois godrons sur les côtés, quel charme ! Elle est en vente à la maison Miller. à Paris https://www.miller.fr/collections/bijoux-occasion,. 
Car sachez qu'il y a une prime à l'authenticité : le marché de la bijouterie ancienne et vintage est en pleine expansion. Les collectionneurs recherchent activement ces pierres pour leur charme unique, leur histoire et leur éclat plus doux (appelé "lueur de bougie"). Une colette bien centrée confirme que le diamant n'a pas été retaillé à l'époque moderne.

La décote par rapport au moderne : À caractéristiques égales (poids, couleur, pureté), un diamant de taille ancienne vaut généralement 10 % à 30 % moins cher qu'un diamant moderne de taille brillant. Cette différence n'est pas due au point noir, mais au fait que les tailles anciennes retiennent moins bien la lumière globale et présentent des proportions moins standardisées que les coupes modernes optimisées par ordinateur.



Ma lectrice demande aussi!
D'autre part, pourquoi les diamants prennent une teinte un peu jaune ? Est-il possible de leur redonner un peu d'éclat ? Et comment ?

l’azote est la principale cause de la teinte jaune des diamants naturels.

Mais il faut distinguer deux choses :

Le diamant est réellement teinté dans sa masse.

Diamant taille ancienne revendu par Mtre Boigirard Antonini.

Alors oui, cela peut être lié à l'azote. Un nettoyage ou un repolissage ne supprimera pas cette couleur. Et personnellement, sur une belle taille ancienne, je serais très prudent avec les traitements destinés à blanchir le diamant : on risque de perdre quelque chose de son caractère.

Il paraît jaune parce qu'il manque de lumière.
Là, c'est tout autre chose. Une vieille taille ancienne peut avoir été légèrement encrassée, avoir des facettes très usées, ou avoir reçu au cours de sa vie de petits chocs et rayures. Un nettoyage professionnel peut alors être assez spectaculaire.

Surtout ne le faites pas retailler, vous allez perdre peut-être 30% de son poids. 

Essayez déjà de faire un bon nettoyage. En revanche, on ne peut pas simplement « nettoyer » le jaune dû à l’azote. Il faudrait modifier le diamant lui-même. Il existe effectivement des traitements permettant de modifier ou de réduire certaines couleurs (notamment irradiation, recuit, traitements HPHT**), mais ce sont des traitements de couleur, pas un simple procédé de nettoyage, et ils doivent être déclarés.

**Le traitement HPHT (Haute Pression, Haute Température) est un procédé de laboratoire qui reproduit les conditions naturelles de formation du diamant pour modifier ou améliorer sa couleur.

Le principe : on soumet un diamant naturel à des pressions extrêmes et à des températures dépassant souvent 1 300 °C à 2 000 °C.
Action sur la structure : ce choc thermique et mécanique modifie les défauts du réseau cristallin ou disperse les impuretés d'azote.
Résultat : il permet de transformer un diamant brun inesthétique en un diamant incolore ou de créer des teintes vives dites « fancy » (jaune, vert, rose, etc.). Klenota explique que ce changement de couleur est définitif et permanent. Mais !! Passez votre chemin…



**À propos de Colette, la romancière qui aimait les bijoux, il vous faut lire. : https://essentiels.bnf.fr/fr/focus/df5c72d8-0798-4fce-b636-46a8b166e52c-colette-bijou-cheri



Jean-Jacques Richard  : richard.jeanjacques@gmail.com


FLAMOR, la "marque" de Flamand & Fils: poinçon "F un maillet SA."

 Un copain expert me pose une question . Que sais je du poinçon sur lequel il travaille ! Les initiales F.-SA avec comme symbole un marteau,...