Une amie antiquaire en joaillerie "Miller Rue Saint-Honoré", https://www.miller.fr/ me demande d'identifier un poinçon de maître sur un collier Cartier, mais le poinçon est mal placé et difficile à lire. Je lui demande d'essayer à nouveau.
On y voit Sté, puis ce que je prends pour un fer à cheval et L, or un texte rencontré indique "Lertier",
« C'est exact. La Sté Lertier est un nom hautement respecté... »
« L'excellence technique... notamment le maillage articulé... Maillon Panthère ou Pénélope... »
Circular-cut diamonds, pear-shaped emeralds, buff-top onyx, 18k gold (French mark), panther clip detachable, 16 ins., signed Cartier, maker's mark (Sté Lertier), numbered
Comprising a necklace and bracelet, round diamonds, 18k yellow gold (French and British marks), both signed Cartier, maker's marks (Sté Lertier) (necklace), (Jacques Cartier) (bracelet), both numbered, red Cartier case
Diamonds (necklace): approximately 72 round diamonds with an approximate total weight of 1.90 to 2.15 carats
Diamonds (bracelet): approximately 59 round with an approximate total weight of 1.90 to 2.15 carats
Total diamond weight of the set approximately 3.80 to 4.30 carats
Mais un autre exemple va rapidement venir troubler cette première identification.
En poursuivant mes recherches, je retrouve en effet ce même nom de Lertier dans une vente de Christie's, cette fois sur un bracelet Hermès.
Or, ce bracelet me gêne davantage encore.
Sa surface, sa construction et surtout cette manière de travailler la maille me rappellent immédiatement le savoir-faire que j'ai rencontré chez Lenfant et dans l'environnement de Labarte.
J'ai une lectrice qui me demande à propos d'une chaîne Cartier de qui est le poinçon, j'ai trouvé, mais avez-vous quelque chose sur cet homme très discret qui a fabriqué pour Cartier, Boucheron , Mauboussin ?
Bonne soirée.
Jean-Jacques
Réponse immédiate.
Bonjour Monsieur Richard
Ce poinçon est celui de Labarte et Cie. Il a travaillé pour Cartier dans les années 1980.
Autant pour moi. Voilà que je venais de tomber dans le piège que je cherchais justement à débusquer.
J'avais pourtant écrit moi-même, en 2022, un article consacré à Maurice Labarte et à son association avec Georges Lenfant. J'y avais reproduit le poinçon de maître de Labarte, mais je n'avais pas fait le rapprochement avec celui qui venait de m'être soumis..
Olivier Bachet, lui, n'a pas hésité une seconde : Labarte.
Et soudain, plusieurs choses qui m'avaient intrigué depuis le début prennent un autre sens.
Le problème n'était peut-être pas Lertier. Le problème était l'identification du poinçon.
Et voilà comment je suis arrivé au bout de cette enquête.
Lertier existe bien : son insculpation est enregistrée en 1956, et il figure encore dans l'Azur de 1961. 1972 et même 1981 Mais ce n'est pas le fabricant des bijoux que plusieurs catalogues de ventes lui ont attribués.
Le poinçon que je prenais pour celui de Lertier est celui de Labarte et Cie.
Olivier Bachet, qui connaît particulièrement bien les archives et les fournisseurs de Cartier, l'a reconnu immédiatement.
Et je dois bien reconnaître que j'étais moi-même tombé dans le piège : j'avais pourtant publié ce poinçon de Labarte dans un de mes articles précédents !
La morale de cette histoire est peut-être là : un grand nom affirme, les autres reprennent, et l'erreur finit par acquérir l'apparence de la vérité.
Dans le cas présent, Christie's et Sotheby's et d'autres ont attribué à Lertier des bijoux qui portent en réalité le poinçon de Labarte. D'autres catalogues ont ensuite repris cette attribution.
Alors, cette fois, nous allons tordre le cou à cette erreur.
Lertier reste Lertier. Labarte reste Labarte. Et un poinçon de maître mérite peut-être qu'on le regarde avant de regarder ce qu'en dit le catalogue.










